La 13ème édition du Festival Ndjam Vi s’est déroulé à N’Djaména du 27 au 30 novembre 2019 et s’achève aujourd’hui dans le Mayo-Kebbi ouest. Le doyen des festivals reste et demeure le festival le plus populaire du pays de Toumaï, avec une longévité qui force bien sur le respect. Cependant, comment le festival se réinvente-t-il au fil des éditions? Garde-t-il la même saveur? Voici notre regard croisé sur la 13ème édition entre les points forts et les choses à améliorer.
Le site du festival plus sécurisé désormais

C’est le premier point fort à relever. Le festival est de retour sur son site originel depuis l’édition 2018. Une édition durant laquelle les plaintes étaient nombreuses quant à la sécurisation du site du festival. Exposants, présentateurs, artistes ont été tous victimes de l’euphorie incontrôlée du public. Cette année, la sécurité était de mise au stade du 10 octobre avec une présence des forces du maintien de l’ordre qui ont fait preuve d’un professionnalisme à féliciter.
Un stand de dépistage volontaire et gratuit du VIH/Sida

Loin d’être une banalité, la présence de ce stand est à féliciter et à encourager. Ndjam Vi étant justement le festival ayant la plus grande affluence de la capitale, il était plus qu’opportun de capitaliser sur cette présence massive des jeunes pour faire passer des messages forts sur ce fléau qui frappe surtout les jeunes. Nous avons vu une file indienne devant ce stand et cela est à encourager. Vivement que les ONG et les programmes nationaux de lutte contre ces maladies de masse prennent désormais ce festival comme cheval de bataille.
Que deviennent les lauréats des différentes catégories de compétition du festival?

Une question sur laquelle les organisateurs du festival devrait sérieusement se pencher. Etant donné que le festival s’est doté d’une compétition depuis plus d’une décennie, il serait aujourd’hui légitime de s’interroger sur le devenir de ses lauréats. On aurait dû depuis plusieurs années voir émerger des artistes issus de la pépinière Ndjam Vi, ce qui, sauf erreur de notre part n’est pas encore le cas. Il faudrait penser à aller au delà de simplement révéler des talents au grand public, et une révélation qui ne peut pas simplement se faire sur les quelques jours du festival.
N’Djam Vi et réseautage culturel
Après 13 années d’existence, le festival N’Djam Vi devrait déjà acquérir un réseautage culturel fort du moins dans géographie culturelle de l’Afrique francophone. Des relations devraient se créer avec des festivals ayant la même coloration un peut partout en Afrique francophone pour permettre une rotation des artistes desdits festivals (MASA, FEMUA, Douala Music Art Festival etc.) Une plus value importante qui pourrait relever par exemple le niveau des compétitions avec la promesse pour les lauréats de tourner dans plusieurs autres festivals.
Mieux équilibrer la programmation dans le temps

N’Djam Vi reste le seul festival où l’on se retrouve face à plus de 20 000 personnes (le festival Dary aussi déjà). Une foule que l’on n’a pas d’ordinaire et c’est le meilleur moment pour éduquer, susciter des passions, bref créer de la magie sur le podium. Une magie que le festival a encore du mal à créer. La mayonnaise tarde à prendre. Les enchaînements ne sont pas bien réglés, les présentateurs font preuve de trop de zèle et d’écarts de propos. Signe d’une certaine impréparation et d’un manque d’alchimie entre eux. Des largesses qui font qu’à partir de 22 heures 50% du public n’est plus présent.
La place des médias dans les événements culturels
Une question délicate sur laquelle il serait difficile pour nous de nous exprimer. La plupart des événements culturels préfèrent désormais s’occuper eux-mêmes de leur « visibilité » à travers les réseaux sociaux. Une attitude que l’on ne pourrait blâmer au regard du peu d’intérêt que les médias pour la plupart généraliste accorde à la culture. On s’entendrait donc que les médias culturels (comme le notre) ait une place de choix dans de telles manifestations. Cependant, il faudrait trouver le juste équilibre entre la mission de promotion culturelle (que tout le monde pense gratuite) et la capacité desdits médias à mobiliser les ressources nécessaires à la couverture de pareils événements.
Quoiqu’on en dise, le doyen des festivals de la capitale offre aux artistes le meilleur public devant lequel ils peuvent prester. Il serait important donc pour les artistes programmés surtout ceux qui prestent en play-back de mettre un peu plus de show dans leur prestation. C’est l’occasion idéale de se créer une véritable fan-base. Pour les organisateurs il s’agit désormais de mieux capitaliser sur cette impressionnante capacité à réunir une foule aussi énorme. On continue de se poser la question de savoir pourquoi les autorités publiques à travers le ministère en charge de la culture ne profite toujours pas cette vitrine inédite pour passer les messages à la jeunesse tchadienne.