Pourquoi la précision « Afrique francophone »? parce-que le showbiz francophone et le showbiz anglophone ne sont pas du tout pareil. Les artistes anglophones réussissent très bien à faire de leurs morceaux des hits des deux côtés. En fait, une fois que ça a cartonné chez les anglo automatiquement ça cartonne chez les francophones mais le contraire n’est pas toujours évident. On les comptes au bout des doigts les artistes francophones qui ont pu faire se crossover entre les deux blocs. Maintenant que c’est dit, revenons à notre sujet.
Quand on parle des hits en Afrique francophone, on parle des chansons d’artistes d’Afrique francophone qui ont cartonné dans toutes les capitales culturelles francophones du continent. Quelle est la « recette » qui marche pour se garantir un hit? On va baser notre proposition en étudiant des hits choisis à dessein: « Coller la petite » de Franko (Cameroun), « Diplôme » de Josey (Côte d’Ivoire), « Téré Téré » de Toofan (Togo) et « Tchizambegue » de Shan’L (Gabon).
Autre précision, dans cet article oublions aussi les hits fabriqués en hexagone que nous consommons aussi comme la friperie ici. Et comme nous aimons nous adresser à un public plus jeune, c’est pourquoi nous avons choisi des artistes qui leur parlent directement. Bien notre recette qui marche:
1- Capter un fait de société original et générique en même temps
Dans la plupart des hits, il s’agit presque toujours de ça, les oreilles musicales du 21ème siècle sont plus attentives aux histoires factuelles qu’aux histoires abstraites tout cela motivé par l’envie qu’à désormais les africains de se réapproprier leur histoire et défendre leur identité. Les artistes sont donc obligés aussi de repartir chercher leur inspiration dans la vie de tous les jours. Vous comprenez bien d’où est venu « coller la petite » c’est simplement le récit de ce qui se passait (parce que je ne suis plus sur que ce genre de fête existe encore) dans nos fêtes de quartier. Un fait auquel peut s’identifier tout le monde.
C’est aussi le cas avec le titre « Diplôme » de Josey qui est un fait de société banal auquel se reconnait autant l’ivoirien, le camerounais, le tchadien etc. Quelle femme, quel mec de quel pays ne se sentirait pas interpellé par cette histoire? Une fois le fait de société capté par l’artiste à lui et sa team de trouver la bonne sauce à laquelle la préparer mais dans 90% des cas, ces faits sont toujours préparés à une sauce dansante, de quoi faire décoller les gens de leurs chaises dans les boites et les maquis! Quand ça touche autant le cœur que le corps, ça marche toujours.
2- Lancer une expression (état d’esprit) identitaire qui fait débat
Gardons toujours à l’esprit que l’art et culture africaine sont désormais complètement tournés vers la réappropriation et la recherche d’identité. Une fois que c’est dit vous comprenez le phénomène « Tchizambegue ». L’artiste est celui qui doit bousculer les codes de société, il est celui qui jouit de la liberté de création et d’expression la plus absolue qui lui donne justement les armes pour aborder les sujets qui dérangent. Quoi de mieux que « problème » mondialement célèbre de la maîtresse/2ème bureau pour créer un hit? surtout lorsqu’on n’aborde le sujet en se plaçant du côté de la maîtresse? Plus ça choque, plus ça fait parler, et plus on en parle, plus ça marche. Surtout quand on se met du côté où d’autres se seront rangés pour chanter la femme délaissée.
On comprends mieux qu’il existe un artiste nommé Maahlox qui en a fait sa marque de fabrique: plus c’est sale, plus ça choque, plus ça se consomme. Il n’y a qu’à écouter les titres « Tu montes, tu descends », « Tuer pour tuer » etc. Dans un concept plus soft, on peut citer le titre « Jusqu’à la gare » et « Calée » de Daphné comme un autre exemple de ses expressions transformées en hit. Au delà donc d’être des expressions, elles incarnent un combat, une philosophie de la vie de tous les jours.
3- Le concept et la danse qui va avec
C’est la plus vieux ingrédient de la recette qui est le plus utilisé par les artistes show man donc la plupart des artistes du coupé décalé (Dj Arafat, Serge Beynaud, Bébi Philip, Debordo etc.) le coupé décalé s’est fait un chemin ainsi à chaque fois un artiste arrive avec un concept et la danse qui va avec. Ça aurait été donc trop facile de parler du coupé décalé ici c’est pourquoi nous avons choisi de parler d’un groupe togolais Toofan. Les Toofan est donc le groupe « non-ivoirien » à qui cette formule a plus réussi de « Délogé », « Cé magik », « Come on man », jusqu’à « Gweta » jusqu’au tsunami « Téré Téré »! Les Toofan ont simplement misé à chaque fois sur la vieille formule: nouveau son, nouveau concept, nouvelle danse. ils ont ainsi réussi à faire exister le Togo face aux mastodontes (Côte d’ivoire, Cameroun, RDC/Congo).
Dans ce sillage, il faut retenir qu’on parle des artistes qui ont le show dans le corps! A la base il faut être un bon danseur aussi. Ça va de soi en plus, impossible de faire adopter un concept et une danse que vous n’êtes pas capable d’incarner vous-même. Bien sur qu’il faut avoir d’excellents danseurs derrière mais avant tout la camera est centrée sur l’artiste d’abord.
4- Affirmer son identité
C’est un aspect que beaucoup d’artistes des pays ne disposant pas d’une forte présence culturelle sur l’échiquier africain oublient souvent. C’est important de chercher à s’imposer en Afrique en gardant son identité nationale, ainsi vous vous présenter à l’Afrique avec toute la force du pays derrière soi. Tout le monde se souvient de la carte de visite internationale de Sidiki Diabaté « Fais moi confiance », même si le son sonnait zouk, mais il y’avait des grincements de Kora dominant dans le beat et les paroles ne laissaient aucun suspens: c’est bien un malien qui débarquait.
Il est donc important pour tout artiste qui veut une exposition africaine de garder son identité nationale. Si le texte est en français, on doit y retrouver des expressions de l’argot qui se rattache à son pays. Pour ceux qui posent en dialecte c’est encore meilleur.
5- La puissance TRACE & ses affiliés
c’est ingrédient dont certains artistes déjà établis peuvent se passer bien évidemment mais pour les newcomer c’est une machine que l’on peut difficilement éviter pour dépasser les frontières de son pays. Il est clair qu’aujourd’hui, les chaines Trace ont un impact majeur dans la fabrication des nouveaux hits (mais à vrai dire ça ne concerne que les hits moyens) et aussi lorsqu’un artiste veut rester dans le mainstream. A cela il faut ajouter l’appétit vorace de l’Universal Music Africa qui est entrain de tout dévorer sur son passage. A terme, ils seront ceux qui contrôleront et réguleront la consommation de la musique en Afrique francophone surtout.
Voilà cinq bon ingrédients pour fabriquer un hit en Afrique francophone. Maintenant regardons dans le rétroviseur et passons en revue les productions de nos artistes et posons-nous les bonnes questions? Avons-nous déjà produit un hit tchadien qui puisse braquer les projecteurs vers la terre de Toumaï? Lequel de nos artistes est le mieux parti pour nous produire le premier hit made in Chad? Nous en reparlerons.
En attendant, n’oublions pas de nous laver les mains et de respecter les mesures barrières.